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L’Hypnose et les tics. Constance Flamand-Roze


Pathologies socialement très handicapantes, les tics laissent bon nombre de praticiens très démunis. Comme dans beaucoup de ces troubles dits « fonctionnels », l’hypnose pourrait-elle, au moins, apporter un complément thérapeutique précieux ?



L’HISTOIRE D’ALEXIS

L’Hypnose et les tics. Constance Flamand-Roze
Alexis a 12 ans ; il a de bonnes notes au collège, et c’est un jeune garçon plutôt inhibé. Il est apprécié des professeurs pour son calme et sa discipline. Toutefois, un jour, au milieu d’un cours, Alexis se lève et mime un acte sexuel devant son professeur et ses camarades, médusés. Il est immédiatement renvoyé du collège. Il ne parvient pas à expliquer son geste, dit que « ce n’est pas de sa faute », qu’il n’a « pas voulu faire ça » mais que c’était plus fort que lui. Il s’ensuit une errance médicale, au terme de laquelle un neuropédiatre diagnostique une forme de syndrome de Gilles de la Tourette.  
 

QU’EST-CE QU’UN TIC ?

Un tic peut être défini comme une série de mouvements et/ou de productions sonores anormaux, brefs, déconcertants, d’apparition brutale. Le tic est non rythmique et involontaire. Sa fréquence et sa complexité sont extrêmement variables d’un patient à l’autre et d’un moment à l’autre. Chaque mouvement ou son que peut produire un être humain peut devenir un tic. C’est une altération de la dominance des actions volontaires sur les mouvements involontaires. La plupart du temps, il apparaît dans l’enfance, au cours de la première décade. Le tic peut persister au cours de l’évolution, et se fixer : il est alors plus sévère chez l’adulte. Toutefois, il peut également tendre vers l’amélioration, voire la disparition. Les garçons sont plus fréquemment touchés que les filles (deux pour un). Près de 1 % de la population infantile en est affecté. Malgré de nombreuses études épidémiologiques, l’étiologie des tics reste inconnue. On sait toutefois qu’il s’agit d’une manifestation anxieuse, majorée par le stress. Une des particularités de cette manifestation handicapante dans la vie de tous les jours est qu’elle est présente dans toutes les cultures1,2,3,4. Les tics peuvent être simples ou complexes5 : - Tics moteurs simples : brefs (<1sec.), soudains, sans signification, comme les clignements des yeux, les grimaces, les secousses de la tête, des bras ou des jambes, un haussement d’épaules…
 

... non rythmique et involontaire...

- Tics moteurs complexes : plus longs, avec signification, comme se passer la main dans les cheveux, ou encore une combinaison de plusieurs mouvements… - Tics vocaux simples : bruits ou sons brefs, les plus fréquents étant le reniflement et le toussotement. - Tics vocaux complexes : productions de syllabes, de mots ou de phrases, mais également des changements du volume de la voix, du timbre, du rythme.
 

LA SENSATION PRÉMONITOIRE

Lors de notre première rencontre, Alexis a immédiatement parlé d’une sensation prémonitoire. Le tic est précédé d’une sensation prémonitoire dans environ 80 % des cas. Il s’agit d’un phénomène somatique désagréable, difficile à décrire par le patient, qui est soulagé par la production du mouvement. Fréquemment, les patients décrivent cette sensation comme plus désagréable que le tic lui-même. Le tic serait donc une réponse partielle ou totale à cette sensation prémonitoire. Les régions cérébrales impliquées dans la sensation prémonitoire sont les régions limbiques sensorielles et motrices (insula et cortex cingulaire).
 

« faire le tic »

Les patients rapportent souvent un contrôle partiel pendant quelque temps, jusqu’à ce que la sensation prémonitoire les oblige à « faire le tic »6,7,8. Alexis se demande ce qui lui arrive, ce qu’il se passe à l’intérieur de lui… 
 

PHYSIOPATHOLOGIE DES TICS

Les tics sont générés par les voies du contrôle moteur cérébral. Ils sont donc vécus comme involontaires ou non voulus. Les ganglions de la base et leurs connexions (particulièrement le circuit cortico-striato-thalamo-cortical) sont connus comme étant largement impliqués dans le contrôle du mouvement9. Lors des imageries cérébrales (IRM), on note une réduction du volume des noyaux des ganglions de la base (particulièrement le noyau caudé). Le tic peut donc être considéré comme une activité excessive des circuits moteurs associée à une réduction de l’activation des circuits du contrôle moteur (cortico- striato-thalamo-cortical). 
 

TRAITEMENTS DES TICS

Au cours de son errance médicale, Alexis aurait pu bénéficier des différentes approches qui ont été décrites, au cours du temps. Entre les années 1920 et jusqu’aux années 1960, c’est l’approche psychothérapeutique qui a primé. Le tic était alors considéré comme une manifestation de pulsions anales et érotiques, un plaisir narcissique, une réponse à une agression. Cette approche a été un échec. Des essais pharmacologiques ont montré que l’halopéridol (antagoniste dopaminergique) présentait des effets secondaires décourageants (contractions musculaires, fatigue, douleurs, apathie…). Plus récemment, l’usage de la toxine botulique et du topiramate ont montré une diminution des tics proportionnelle à la diminution de la sensation prémonitoire10, 11. Quelques antihypertenseurs centraux et antiépileptiques ont montré une certaine efficacité.

Effets secondaires décourageants...

Dans certains cas particulièrement sévères, une approche neurochirurgicale est proposée : on pratique une stimulation cérébrale profonde du thalamus et du pallidum, ce qui a permis, selon une étude, une amélioration de 70 %12.  Cependant, les patients se plaignent de l’introduction de traitement médicamenteux dans leur vie, et cherchent souvent une autre approche. Parmi les approches non pharmacologiques, la thérapie cognitivo-comportementale peut être proposée aux patients. Issue du modèle de renversement d’habitude13, on propose au patient de contrôler le mouvement, et de l’inhiber. Cela permet une diminution de la fréquence des tics de 75 % à 100 % avec un maintien des améliorations deux ans plus tard. Cependant, certains patients ressentent un réel inconfort à devoir contrôler leurs tics, ce qui leur demande un effort trop important. De plus, la sensation prémonitoire n’est pas soulagée. Alexis a tenté cette approche, mais cela ne lui a pas convenu. 
 

La suggestion hypnotique devient le « conducteur » du mouvement...

La prise en charge des tics par la relaxation prend tout son sens si l’on part du principe que l’anxiété peut majorer la fréquence et l’intensité des tics. Cependant, les patients signalent fréquemment que leurs tics apparaissent également dans des situations de relâchement. Les techniques de relaxation pourraient donc contribuer à créer à moyen et à long terme  un environnement moins anxiogène, mais elles n’auraient pas d’effet spécifique sur les tics en eux-mêmes.
 
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Laurent GROSS
Président du CHTIP, hypnothérapeute, Kinésithérapeute, Psychothérapeute. Rédacteur en chef. En savoir plus sur cet auteur

Rédigé le 14/01/2016 à 16:09 | Lu 1617 fois modifié le 18/01/2016





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