« Le corps, c’est l’inconscient visible. » François Roustang
Chères lectrices, chers lecteurs, On dit souvent qu’en médecine il faut savoir « écouter le patient ». En hypnose, c’est encore plus vrai. Sauf que le patient ne parle pas toujours avec des mots. Il parle avec son corps, ses silences, ses malaises, ses symptômes. Et parfois ce qu’il raconte ainsi, il ne le sait même pas.
Prenez Jeanne, 47 ans, prof de collège. Une de ces battantes usées par l’excès de charge invisible. Fibromyalgie diagnostiquée après dix ans de douleurs diffuses, de fatigue accablante, de rendez-vous médicaux aussi vains qu’épuisants. IRM vierges. Radios normales. « Tout va bien, Madame. » Mais elle, elle va mal. Un mal qui n’a pas d’organe, pas d’origine claire, mais qui s’invite partout. Elle me regarde, à la fin d’une première consultation silencieuse, et lâche : « Vous allez me croire, vous ? » Jeanne n’a pas besoin d’un diagnostic de plus. Elle a besoin qu’on reconnaisse son expérience. Pas pour la valider intellectuellement, mais pour la recevoir. Et dans ce geste d’accueil commence déjà une transformation. Croire le patient, c’est parfois plus puissant que comprendre son symptôme.
CE QUE LE CORPS MURMURE, L’HYPNOSE L’AMPLIFIE
Notre corps est souvent plus honnête que nos mots. Il garde mémoire de ce que nous n’avons pas pu ou voulu dire. Il somatise, il mime, il répète. Et parfois il bloque, comme une scène figée, une boucle sans fin. L’hypnose, dans sa capacité à créer un espace protégé, vient rencontrer cette mémoire-là – non verbale, émotionnelle, sensorielle. On le sait aujourd’hui, les douleurs chroniques, les symptômes fonctionnels, les troubles somatoformes, ne sont pas des maladies imaginaires. Ce sont des formes d’expression. Et comme toute expression, elles méritent d’être entendues. Mais pas de la même oreille que celle de la sémiologie classique. En hypnose, nous prêtons l’oreille à l’indicible. Pas pour en faire un diagnostic, mais un récit. Un espace de jeu. Un territoire où, comme le disait Donald Winnicott, « l’expérience vécue prend forme sans avoir à se justifier ». Ce n’est plus « vrai ou faux ». C’est subjectivement réel. Et c’est là que ça soigne.
« JE VOUS CROIS » : TROIS MOTS QUI SOIGNENT
Le simple fait de croire ce que le patient ressent – même si cela n’a pas de preuve objective – change radicalement la donne. La médecine moderne a parfois oublié cela, à force de protocoles, de « guidelines » et de chiffres. Mais la relation thérapeutique reste une affaire de foi partagée. Pas une foi mystique, non. Une foi laïque. Celle qui dit : « Je crois que vous pouvez aller mieux. Je crois que votre souffrance a du sens, même si on ne le comprend pas encore. Je crois que quelque chose en vous sait ce qu’il faut. Et je suis là pour l’écouter. » Cela suffit souvent à rouvrir une porte. À faire tomber une armure. Et à activer ce que François Roustang appelait « la part saine du patient » – celle qui ne demande qu’à être mobilisée, mais qui se tait si personne ne la regarde. Cas clinique : une cage invisible Un homme de 54 ans, cadre sup’ performant, vient me consulter pour des douleurs thoraciques inexpliquées. Deux urgences, un scanner, trois électrocardiogrammes... rien. Mais lui, chaque soir, ressent une pression sur la poitrine. L’impression de manquer d’air. En hypnose légère, je lui propose simplement :
• « Et si cette sensation avait une forme, une consistance ?
• Une cage... Une cage autour de moi. Silence... puis :
• Il y a quelque chose dedans. Un poids. » Il ferme les yeux. Et alors, tout sort. Le frère disparu, la culpabilité d’avoir survécu, les mots jamais dits à leurs parents. La cage se transforme. Elle s’ouvre. Ce n’est pas magique. Ce n’est pas instantané. Mais c’est une bascule. Une image juste qui vient réconcilier corps et psyché. Et lui donner la possibilité de respirer – enfin.
DANS LES NEUROSCIENCES, CROIRE N’EST PAS TRICHER
Pour lire la suite...
Chères lectrices, chers lecteurs, On dit souvent qu’en médecine il faut savoir « écouter le patient ». En hypnose, c’est encore plus vrai. Sauf que le patient ne parle pas toujours avec des mots. Il parle avec son corps, ses silences, ses malaises, ses symptômes. Et parfois ce qu’il raconte ainsi, il ne le sait même pas.
Prenez Jeanne, 47 ans, prof de collège. Une de ces battantes usées par l’excès de charge invisible. Fibromyalgie diagnostiquée après dix ans de douleurs diffuses, de fatigue accablante, de rendez-vous médicaux aussi vains qu’épuisants. IRM vierges. Radios normales. « Tout va bien, Madame. » Mais elle, elle va mal. Un mal qui n’a pas d’organe, pas d’origine claire, mais qui s’invite partout. Elle me regarde, à la fin d’une première consultation silencieuse, et lâche : « Vous allez me croire, vous ? » Jeanne n’a pas besoin d’un diagnostic de plus. Elle a besoin qu’on reconnaisse son expérience. Pas pour la valider intellectuellement, mais pour la recevoir. Et dans ce geste d’accueil commence déjà une transformation. Croire le patient, c’est parfois plus puissant que comprendre son symptôme.
CE QUE LE CORPS MURMURE, L’HYPNOSE L’AMPLIFIE
Notre corps est souvent plus honnête que nos mots. Il garde mémoire de ce que nous n’avons pas pu ou voulu dire. Il somatise, il mime, il répète. Et parfois il bloque, comme une scène figée, une boucle sans fin. L’hypnose, dans sa capacité à créer un espace protégé, vient rencontrer cette mémoire-là – non verbale, émotionnelle, sensorielle. On le sait aujourd’hui, les douleurs chroniques, les symptômes fonctionnels, les troubles somatoformes, ne sont pas des maladies imaginaires. Ce sont des formes d’expression. Et comme toute expression, elles méritent d’être entendues. Mais pas de la même oreille que celle de la sémiologie classique. En hypnose, nous prêtons l’oreille à l’indicible. Pas pour en faire un diagnostic, mais un récit. Un espace de jeu. Un territoire où, comme le disait Donald Winnicott, « l’expérience vécue prend forme sans avoir à se justifier ». Ce n’est plus « vrai ou faux ». C’est subjectivement réel. Et c’est là que ça soigne.
« JE VOUS CROIS » : TROIS MOTS QUI SOIGNENT
Le simple fait de croire ce que le patient ressent – même si cela n’a pas de preuve objective – change radicalement la donne. La médecine moderne a parfois oublié cela, à force de protocoles, de « guidelines » et de chiffres. Mais la relation thérapeutique reste une affaire de foi partagée. Pas une foi mystique, non. Une foi laïque. Celle qui dit : « Je crois que vous pouvez aller mieux. Je crois que votre souffrance a du sens, même si on ne le comprend pas encore. Je crois que quelque chose en vous sait ce qu’il faut. Et je suis là pour l’écouter. » Cela suffit souvent à rouvrir une porte. À faire tomber une armure. Et à activer ce que François Roustang appelait « la part saine du patient » – celle qui ne demande qu’à être mobilisée, mais qui se tait si personne ne la regarde. Cas clinique : une cage invisible Un homme de 54 ans, cadre sup’ performant, vient me consulter pour des douleurs thoraciques inexpliquées. Deux urgences, un scanner, trois électrocardiogrammes... rien. Mais lui, chaque soir, ressent une pression sur la poitrine. L’impression de manquer d’air. En hypnose légère, je lui propose simplement :
• « Et si cette sensation avait une forme, une consistance ?
• Une cage... Une cage autour de moi. Silence... puis :
• Il y a quelque chose dedans. Un poids. » Il ferme les yeux. Et alors, tout sort. Le frère disparu, la culpabilité d’avoir survécu, les mots jamais dits à leurs parents. La cage se transforme. Elle s’ouvre. Ce n’est pas magique. Ce n’est pas instantané. Mais c’est une bascule. Une image juste qui vient réconcilier corps et psyché. Et lui donner la possibilité de respirer – enfin.
DANS LES NEUROSCIENCES, CROIRE N’EST PAS TRICHER
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Dr Adrian Chaboche
Spécialiste en médecine générale et globale au Centre Vitruve. Il est praticien attaché au Centre de traitement de la douleur CHU Ambroise-Paré. Il enseigne au sein du DU Hypnoanalgésie et utilisation de techniques non pharmacologiques dans le traitement de la douleur, Université de Versailles.
N°78 : Août / Sept. / Oct. 2025
Regards sur l'Hypnose
Julien Betbèze, rédacteur en chef, nous présente ce n°78…
8 / Éditorial : « La transe hypnotique est avant tout une expérience poétique » Julien Betbèze
10 / En couverture : Florence Cadène Magnétisme animal Sophie Cohen
12 / Internalisation d’un lien sécurisant Théo, 10 ans et « son » anxiété d’endormissement Arnaud Zeman
24 / Le témoin intérieur et la honte Tout le monde est mieux que moi Géraldine Garon et Solen Montanari
36 / Sortir de l’adoration du produit Dissiper les ruminations du veau d’or : les clés du traitement des addictions David Vergriete et Alexandrine Halliez
ESPACE DOULEUR DOUCEUR
46 / Introduction Gérard Ostermann
50 / Cris et hypnose Répondre aux cris des personnes âgées grâce à l’hypnose Hélène Pousset Abbouchi
58 / Autohypnose pour mon épaule gauche (rupture de la coiffe des rotateurs) et le couple hypnose/fascia Nelly Cadra
73 / DOSSIER REGARDS SUR L’HYPNOSE
74 / Voyage IRM au coeur de l’expérience hypnotique. Exploration de la portée clinique de l’hypnose Jean-Philippe Cottier et Valentin Lefèvre
84 / L’hypnose et le dormeur éveillé Entre songe et pensée Alexandru Cupaciu
88 / Hypnose de spectacle : bénéfices ou dangers pour le sujet Stéphane Radoykov
94 / Une rencontre Être avec... Roxane Yvernay
RUBRIQUES
- QUIPROQUO
102 / Rencontre S. Colombo, Muhuc BONJOUR ET APRÈS...
106 / Marie, ou l’accompagnement d’une patiente lors d’un traitement de cancer Sophie Cohen LES CHAMPS DU POSSIBLE
110 / Ce que le corps ne dit pas, mais que l’hypnose écoute : croire pour transformer Adrian Chaboche CULTURE MONDE
114 / L’appel de l’âme Venir au monde dans le village Hmong de Cacao Alice Mancinelli
LIVRES EN BOUCHE
120 / J. Betbèze, S. Cohen
125 / ESPACE FORMATIONS
Illustrations: Florence CADÈNE
Regards sur l'Hypnose
Julien Betbèze, rédacteur en chef, nous présente ce n°78…
8 / Éditorial : « La transe hypnotique est avant tout une expérience poétique » Julien Betbèze
10 / En couverture : Florence Cadène Magnétisme animal Sophie Cohen
12 / Internalisation d’un lien sécurisant Théo, 10 ans et « son » anxiété d’endormissement Arnaud Zeman
24 / Le témoin intérieur et la honte Tout le monde est mieux que moi Géraldine Garon et Solen Montanari
36 / Sortir de l’adoration du produit Dissiper les ruminations du veau d’or : les clés du traitement des addictions David Vergriete et Alexandrine Halliez
ESPACE DOULEUR DOUCEUR
46 / Introduction Gérard Ostermann
50 / Cris et hypnose Répondre aux cris des personnes âgées grâce à l’hypnose Hélène Pousset Abbouchi
58 / Autohypnose pour mon épaule gauche (rupture de la coiffe des rotateurs) et le couple hypnose/fascia Nelly Cadra
73 / DOSSIER REGARDS SUR L’HYPNOSE
74 / Voyage IRM au coeur de l’expérience hypnotique. Exploration de la portée clinique de l’hypnose Jean-Philippe Cottier et Valentin Lefèvre
84 / L’hypnose et le dormeur éveillé Entre songe et pensée Alexandru Cupaciu
88 / Hypnose de spectacle : bénéfices ou dangers pour le sujet Stéphane Radoykov
94 / Une rencontre Être avec... Roxane Yvernay
RUBRIQUES
- QUIPROQUO
102 / Rencontre S. Colombo, Muhuc BONJOUR ET APRÈS...
106 / Marie, ou l’accompagnement d’une patiente lors d’un traitement de cancer Sophie Cohen LES CHAMPS DU POSSIBLE
110 / Ce que le corps ne dit pas, mais que l’hypnose écoute : croire pour transformer Adrian Chaboche CULTURE MONDE
114 / L’appel de l’âme Venir au monde dans le village Hmong de Cacao Alice Mancinelli
LIVRES EN BOUCHE
120 / J. Betbèze, S. Cohen
125 / ESPACE FORMATIONS
Illustrations: Florence CADÈNE

Ce que le corps ne dit pas, mais que l'hypnose écoute:croire pour transformer.










