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Les gens de l’air.


JEUX DE GUÉRISON DANS LE SUD DE L’IRAN.
Dialogue thérapeutique avec les vents



En Iran, dans la région du golfe Persique, lieu de passage et de brassage de diverses populations, se déroulent des rituels de guérison. Proches de ceux observés en Ethiopie par Michel Leiris (le Zâr), ils sont mâtinés de coutumes locales, d’influences régionales et islamiques. Des cérémonies collectives sont ainsi organisées afin que les personnes porteuses de certains symptômes instaurent, entre le visible et l’invisible, un dialogue thérapeutique avec les vents (bâd en persan) ou esprits, considérés comme responsables de ces troubles. Au terme de ces jeux de guérison, les sujets entrent alors dans la communauté des gens de l’air (ahl-e havâ). On fait appel à ces rituels lorsque la médecine occidentale ou traditionnelle échoue face à différentes symptomatologies : organiques (souvent chroniques), dites psychiques (phobies, troubles anxieux, dépression, mélancolie), liées à des troubles du comportement relationnels (problèmes de couple, familiaux), sexuels ou de genre. Le dénominateur commun de ces pathologies serait une problématique de place dans le groupe sociétal, en particulier au sein de populations pauvres, et concernerait surtout les femmes.

Le vent « élit » la personne malade


Les vents tenus pour responsables de symptômes viennent, dans cette tradition, de régions diverses : Afrique (Somalie, Soudan, Egypte), des pays du Golfe, de l’Inde... Chaque vent est reconnaissable, chacun a un nom et possède des particularités : il fait danser ou chanter, entraîne une forme d’apathie, est exigeant, virulent ou mortel... Il a son propre langage et surtout « répond » à une musique aux rythmes précis. Il n’y a pas de lien direct entre le vent et les syndromes qu’il entraîne. Un patient peut être atteint par plusieurs vents. Le principe de guérison consiste en un adorcisme/ possession, tel le Zâr en Ethiopie ou la couvade au nord du Bénin. Lors de ces « jeux » ou séances collectives, il s’agit d’abord d’appeler le vent responsable du symptôme par l’intermédiaire de la musique. Le vent « élit » alors la personne dite malade et entre en elle. Le sujet scelle alors un pacte avec le vent et devient sa monture. Lié à lui pour la vie, il est nommé alors bâdî, porteur de vent. Par cet accord le sujet ne subira plus les assauts pathologiques du vent. Il appartient désormais à la communauté des gens de l’air. Au cours de séances collectives ultérieures, le bâdî réactualise régulière ment l’alliance passée avec son vent pour s’en faire, en quelque sorte, un ami.

Le bâbâ fait boire le sang de l’animal sacrifié

La notion de « jeu » a ici plusieurs sens : cérémonie, jeu de rôles, jeu avec le vent, jeu aussi dans le sens d’une laxité, d’une mobilisation retrouvée au sein des relations interpersonnelles. Les séances sont conduites par un maître de cérémonie, le bâbâ, qui connaît les vents, les nomme, converse avec eux... Le rituel inaugural comporte deux phases : la séparation et le « jeu ». Le patient est d’abord isolé pendant sept jours et doit respecter certaines restrictions, en particulier alimentaires. Seul l’officiant est en lien avec lui : il apporte ses repas, prend soin de lui, masse tous les jours son corps avec un onguent particulier. Au terme de cette phase de séparation, le rituel de guérison proprement dit a lieu. Toute la communauté des « gens de l’air », ceux qui commercent avec leurs vents, ont déjà été intronisés par ce rituel, est invitée à se rendre à la cérémonie et à y participer activement. Toute autre personne peut également y assister. Plusieurs étapes se succèdent au cours de la séance. Après le sacrifice initial d’un animal, on joue successivement sur trois sortes de tambours diverses musiques avec leurs rythmes propres, accompagnées de chants de langues variées (dont on ne connaît parfois plus le sens), pour appeler les vents. Un plateau avec de l’encens, de l’eau de rose, des plantes circule dans la pièce. Le sujet entre en transe quand un des vents appelés l’a « reconnu » et prend possession de lui : le malade n’est alors plus « lui », il est le vent. On le couvre d’un linge, il passe dans le monde de l’invisible. Le bâbâ, maître des cérémonies, lui fait boire le sang de l’animal sacrifié. Puis il désigne et nomme le vent en présence, l’ayant reconnu par la musique et les rythmes qui lui sont attribués et auxquels il a répondu. Le bâbâ s’entretient ensuite avec ce vent/esprit, lui demande ce qu’il exige de sa nouvelle monture (de petites ou grandes offrandes) puis l’exhorte « à laisser le patient en paix immédiatement ». Quand le vent apaisé repart, laisse sa monture, le sujet retourne dans le monde des humains : il présente alors quelques manifestations bruyantes : crie, tombe non-conscient. Quand il revient à lui, il est un être transformé. Le plus grand silence est nécessaire. Il est admis alors dans le groupe des « gens de l’air » (ahl-e hava).

Accord scellé entre le vent et le possédé


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Dr Sylvie LE PELLETIER-BEAUFOND

Les gens de l’air.
Médecin-psychothérapeute depuis 1991 en libéral. Elle est également thérapeute systémique de famille et de couple. Elle intervient dans le champ professionnel, universitaire. Formatrice, elle reçoit des professionnels en supervision. Formée par Jean Godin à l’Institut Milton Erickson de Paris et par Mony Elkaïm, sa pratique clinique s’inspire de la pensée de François Roustang.
Sylvie Le Pelletier-Beaufond est membre du Cercle d’Hypnose contemporaine, de l’Institut Milton Erickson Ile-de- France, et membre de la Société française de Thérapie familiale.

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- Culture du monde : Jeux de guérison dans le sud de l’Iran. Sylvie Le Pelletier-Beaufond

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- Livres en bouche

Agenda : colloques et congrès


Laurent GROSS
Président du CHTIP, hypnothérapeute, Kinésithérapeute, Psychothérapeute. Rédacteur en chef. En savoir plus sur cet auteur

Rédigé le 24/04/2021 à 01:26 | Lu 81 fois modifié le 24/04/2021





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