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La présence au corps, encore. Dr Adrian CHABOCHE.


Ce n’est pas « j’ai un corps », mais « je suis un corps », selon Maurice Merleau-Ponty



Chères lectrices, chers lecteurs,

Je reçois Marc, 45 ans. Sportif accompli et d’un caractère déterminé, un bel homme plein de vie et d’énergie, qui vient me voir un 10 octobre. Il souffre de douleurs importantes dans le cou qui irradient dans tout le dos et s’adresse au médecin que je suis. Dans notre entretien, je lui demande de me raconter son histoire, ce que j’appelle son « paysage ». C’est-à-dire non pas seulement sa douleur ou ses examens, mais plus largement son récit. Sa « légende personnelle », dirait Paulo Coelho.

C’est l’histoire d’une chute à cheval, en horse-ball, assez jeune vers l’âge de 13-14 ans. Et puis aussi il me parle de son asthme, dans l’enfance, et de sensation parfois d’être comme « étouffé, Docteur, des crises où je me mets à tousser, comme un spasme inspiratoire ». Une écoute particulière me permet d’être interpellé en entendant cela. Quelque chose se dit là. Est-ce cette expression assez atypique, vous en conviendrez, de spasme inspiratoire ? J’ai vu un certain nombre d’asthmatiques, peu m’ont parlé de ce signe. Quoique. Ce n’est pas impossible. Mais peut-être que c’est davantage la façon dont ce patient me le dit. L’oreille attentive se prête à entendre ce qu’on appelle la communication paraverbale : le son, la phonie, l’intonation. Ce sont les indicateurs bien plus informants parfois que le simple sens signifié par les mots.

Entendre nos patients dans ce qu’ils nous font ressentir dans notre corps par nos oreilles, autant que l’on écouterait une langue étrangère, une musique. Il y a un son qui parle plus que le mot qui est dit. «Mais il faut d’abord qu’on s’occupe de mon dos et mon cou qui me font souffrir. J’ai eu un accident en 2010, un gros choc arrière. J’ai eu des maux de tête dès le soir même. Qui n’ont pas cessé. J’ai mal dans le dos, du haut vers le bas. Je ne fais plus de sport, trop de douleur. Ça fait maintenant des années. »

Comment un être bascule d’un instant à l’autre de la vie à la douleur chronique ? Cet homme souffre depuis cet accident d’une douleur quasi permanente. Différentes approches ont été réalisées, médicales, paramédicales, mais rien ne change. Je m’interroge, et je creuse avec lui ce qui a été exploré, les examens... oui, il y a eu des manquements. Certaines prises en charge n’ont pas été faites correctement par rapport à des consensus de traumatismes. Certes. Mais c’est étonnant. Pour un problème qui ne pose pas problème médicalement, au moment de l’accident, comment se fait-il que cela ne se fait pas ? Pourquoi ce que les examens montrent comme une nette entorse cervicale associée à de l’arthrose entraîne un tableau de douleur chronique ? Quelque chose cloche. Mais les imageries sont rassurantes, l’examen clinique ne met rien en évidence « de grave », comme disent certains médecins. Au risque de glisser vers le « c’est dans votre tête, Monsieur, détendez-vous, vous n’avez rien » qui me fait bondir.

Suite à cette première consultation médicale ensemble, ce qui nous permet de m’accorder à lui, nous nous voyons en hypnose pour une première séance. Il va décrire de sa douleur « une masse noire, avec des fils. Et de couleur jaune autour ». Nous continuons plusieurs séances, et notamment nous réalisons deux séances d’hypnose-ostéopathie avec un praticien en approche pluridisciplinaire. Alliant les mains et le toucher à la voix et à l’état hypnotique, on induit un relâchement très synergique et profond qui libère les tensions plus profondément et réautorise des mouvements dans les tissus là où les traumatismes avaient immobilisé le corps et le mental. Et c’est aussi à nouveau permettre à son corps d’être touché. Petit à petit, ses symptômes s’améliorent. J’incorpore pendant les séances des suggestions à propos du sport, et de reprendre une activité. Ça va mieux, bien mieux. Il me dit qu’il reprend le sport progressivement. Quelques échanges par mail durant quelques mois indiquent que Marc va vers son changement positif.

Que reste-t-il ? Il va mieux pragmatiquement. Nous pourrions être satisfaits. Mais nous oublions quelque chose. Un spasme inspiratoire... Cette zone du cou, la nuque douloureuse, et les voies respiratoires. Il s’agit du même endroit du corps : devant/derrière. Je m’en rends compte lorsque Marc revient me voir. Un 10 octobre. Une année après la première consultation. Hasard ? Il existe deux étymologies à ce mot : al-zahr, le dé à jouer, pour la première. Mais comme dit le proverbe, « Dieu ne joue pas aux dés ». Et l’autre est « danger ». L’attention du thérapeute se doit d’être à l’écoute des faits cliniques qui indiquent quelque chose. Un an après jour pour jour, hasard ou inconscient ? Marc va nous démontrer sa réponse. « Je reviens vous voir. Ça va vraiment tellement mieux. Je fais du sport comme avant. Quelques douleurs de temps en temps, mais j’ai une vie normale ; en revanche à nouveau je m’étouffe. Comme avant, ça revient, plus fort. » Son corps nous parle. Il indique de quelle manière en ayant traité un premier symptôme, il peut exister un déplacement et une condensation sur ce qui est derrière….. Pour lire la suite...



Dr Adrian CHABOCHE
Spécialiste en médecine générale et globale au Centre Vitruve. Il est praticien attaché au Centre de traitement de la douleur CHU Ambroise- Paré. Il enseigne au sein du DU Hypnoanalgésie et utilisation de techniques non pharmacologiques dans le traitement de la douleur, Université de Versailles.

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Laurent GROSS
Président du CHTIP, hypnothérapeute, Kinésithérapeute, Psychothérapeute. Rédacteur en chef. En savoir plus sur cet auteur

Rédigé le 20/05/2020 à 12:17 | Lu 33 fois modifié le 20/05/2020





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